Epigraphie indigène du musée archéologique d'Alger
DEVOULX Albert
L’épigraphie conservée à Alger témoigne d’un usage largement répandu consistant à apposer des inscriptions sur les édifices publics, religieux ou utilitaires. Ces textes gravés mentionnaient généralement la date de construction, le nom du fondateur ou de l’autorité ayant ordonné les travaux, et parfois celui de l’artisan chargé de l’ouvrage. Cette pratique, très courante durant la période ottomane, concernait notamment les mosquées, les fontaines, les ponts, les casernes ou les fortifications. Les cimetières fournissaient également un grand nombre d’épitaphes.
Avec les transformations urbaines et les démolitions intervenues au XIXᵉ siècle, une part importante de ces inscriptions a disparu. Beaucoup de plaques ont été détruites ou réemployées comme matériaux, faute d’avoir été systématiquement recueillies. Le musée archéologique d’Alger n’a pu en conserver qu’un nombre limité, rassemblé progressivement par dons, achats ou récupérations. Ces pièces constituent néanmoins un ensemble précieux pour l’étude de l’histoire locale et de la topographie ancienne de la ville.
Les inscriptions étaient le plus souvent gravées sur des plaques de marbre, parfois sur ardoise pour les sépultures plus modestes. Deux techniques principales étaient employées : soit les lettres étaient laissées en relief après avoir creusé la pierre autour d’elles, soit elles étaient incisées puis remplies de plomb afin de les rendre plus lisibles. Plus rarement, les caractères étaient légèrement creusés et rehaussés de peinture.
Ces textes présentent certaines particularités stylistiques. L’absence d’abréviations facilite la lecture, mais la disposition graphique peut compliquer l’interprétation : les mots ou les lettres sont parfois déplacés pour des raisons décoratives ou pour s’adapter à l’espace disponible. De plus, l’usage fréquent d’une prose rimée et de formules religieuses contribue à donner à ces inscriptions un style élaboré, parfois difficile à comprendre. Malgré ces difficultés, l’étude de ces épigraphes permet d’éclairer l’histoire urbaine, religieuse et politique d’Alger à travers les monuments et les personnages qui y sont évoqués.
