Le choléra d'après les neuf épidémies qui ont régné à Alger, depuis 1835 jusqu'en 1865
Vincent M. A. (médecin major de 1ere classe) - Collardot V. médecin civil
Entre 1835 et 1865, Alger fut confrontée à neuf grandes vagues de choléra qui affectèrent durablement la ville, ses infrastructures sanitaires et l’ensemble de son organisation urbaine. Les observations médicales réalisées à cette époque montrent que les épidémies touchaient simultanément les populations civiles, les garnisons militaires, les hôpitaux et les principaux points d’échange maritimes de la Méditerranée. Les premiers foyers étaient généralement repérés dans les ports, les casernes ou les établissements hospitaliers, avant que la maladie ne gagne progressivement les différents quartiers de la ville.
Les médecins de l’époque considéraient que le choléra n’était pas une maladie propre à l’Afrique du Nord, mais qu’il était importé par voie maritime, notamment depuis les ports français et espagnols. Les déplacements de troupes, les échanges commerciaux et l’intensification des transports à vapeur favorisèrent une diffusion plus rapide des épidémies. Une fois introduite dans les structures militaires ou hospitalières, la maladie se propageait rapidement en raison de la promiscuité, du manque d’isolement des malades et de l’insuffisance des équipements sanitaires.
Ces crises alimentèrent un important débat scientifique au XIXe siècle. Certains médecins attribuaient encore le choléra à des causes atmosphériques ou environnementales, tandis que d’autres défendaient une théorie contagioniste fondée sur l’observation des chaînes de transmission et des foyers d’infection. Les analyses menées à Alger renforcèrent progressivement l’idée d’une propagation liée aux mouvements humains et aux circulations maritimes.
Les autorités civiles et militaires mirent en place des quarantaines, des évacuations de quartiers, des hôpitaux temporaires et des dispositifs de secours publics. Malgré ces mesures, les épidémies entraînèrent une mortalité élevée et de profondes perturbations sociales et économiques.
En conclusion, l’expérience des épidémies de choléra à Alger contribua à faire évoluer les conceptions médicales du XIXe siècle et favorisa l’émergence d’une politique sanitaire davantage centrée sur l’hygiène publique, la surveillance des ports et le contrôle des foyers de contagion.
