Pensées de Théophille Abdallah ou de l'interprétation en Algérie
Frégier C
Voici une synthèse historique et analytique portant sur l'évolution de l'interprétation judiciaire et administrative en Algérie au XIXe siècle.
L'Institution de l'Interprétation en Algérie (1830-1863) : Entre Nécessité de Fait et Organisation Légale
Au lendemain de la conquête de 1830, l'administration française en Algérie se heurte immédiatement à l'obstacle de la langue. Pour communiquer avec les populations locales, vainqueurs et vaincus doivent recourir à des intermédiaires, nommés « drogmans » en Orient ou « tordjemans » par les Arabes
L'histoire de cette institution se divise en quatre grandes phases. La première (1830-1835) est marquée par une absence quasi totale de cadre législatif malgré la création des premiers tribunaux à Alger
La période de développement (1835-1848) voit l'institution se structurer progressivement, suivie d'une phase de « virilité » (1848-1858) où elle devient une institution propre à la colonie, régie par des lois spéciales
En 1863, le constat reste celui d'une quête de perfectionnement. Les exigences se font plus fortes : l'interprète doit désormais posséder une double science, pratique et théorique, incluant non seulement la maîtrise de la langue, mais aussi une connaissance approfondie du droit français et musulman
Conclusion Passée de l'expédient de fortune à un corps structuré, l'interprétation en Algérie s'est imposée comme le rouage indispensable de l'ordre judiciaire et civil. Son évolution témoigne de la complexité croissante des relations entre l'administration coloniale et les populations autochtones, exigeant des traducteurs une rigueur à la fois linguistique et morale.
