L'Algérie au point de vue de l'économie sociale
Lacanaud E
Publié en 1900 à l'occasion de l'Exposition universelle de Paris, ce texte d'E. Lacanaud, directeur du journal La Dépêche algérienne, dresse un panorama de la société algérienne sous administration française, depuis la période ottomane jusqu'aux premières années du XXe siècle.
Avant 1830, la Régence d'Alger, gouvernée par les Turcs, connaissait une décadence marquée. Les revenus de la piraterie et des tributs prélevés sur les États européens s'étaient considérablement réduits, tandis que la population avait chuté. L'administration turque, fondée sur la perception de l'impôt et le maintien de l'ordre par la force, ne parvint jamais à soumettre l'ensemble du territoire, notamment la Kabylie.
Après la conquête française, l'Algérie se transforma progressivement. Un vaste réseau ferroviaire, routier et portuaire fut développé. En 1899, la colonie comptait près de 2 900 kilomètres de voies ferrées et dix-neuf ports. Les communications maritimes et télégraphiques avec la métropole se densifièrent, réduisant le trajet Marseille-Alger à une vingtaine d'heures.
Sur le plan économique, l'agriculture restait le pilier central, mobilisant plus de trois millions et demi de personnes. Des institutions de crédit — Banque d'Algérie, Crédit Foncier, Crédit Lyonnais — structuraient la vie financière. L'assistance publique, calquée sur le modèle métropolitain, gérait hôpitaux, orphelinats et bureaux de bienfaisance, tandis que des sociétés de secours mutuels et des caisses d'épargne témoignaient d'un développement social progressif.
La population se composait de groupes distincts — Berbères, Arabes, Européens, Juifs naturalisés depuis 1870 — soumis à des statuts juridiques différenciés, reflet des tensions propres à la situation coloniale.
