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L'Algérie et la lettre de l'empereur

Lacroix Frédéric
publié en 1863

Ce livre de Lacroix a été publié anonymement.

Au début des années 1860, la politique française en Algérie est présentée comme entrant dans une phase nouvelle. Le développement de la colonisation ne saurait, selon cette conception, reposer uniquement sur l’extension des établissements européens et l’appropriation des terres. Il doit s’accompagner d’une transformation progressive des rapports entre Européens et populations musulmanes, fondée sur la sécurité de la propriété, l’instruction et le développement économique.

Une large place est accordée à la question foncière. Les difficultés rencontrées par la colonisation agricole sont attribuées moins à un manque de terres qu’à des conditions économiques et climatiques défavorables. L’auteur souligne la mortalité élevée qui a marqué les premières décennies, la persistance des fièvres et l’affaiblissement physique des cultivateurs européens, auxquels s’ajoutent le manque de capitaux, le coût du travail et les difficultés de mise en valeur. Il critique ainsi les représentations trop optimistes d’une colonisation agricole rapidement prospère.

Le texte défend parallèlement le maintien des droits de propriété des populations indigènes et conteste les mesures susceptibles de les réduire. La disparition progressive des structures tribales est envisagée non par une dépossession brutale, mais par une évolution vers la propriété individuelle, le développement des échanges et l’association des intérêts. L’industrie doit compléter l’agriculture en permettant la transformation sur place des produits et en créant de nouveaux emplois européens.

L’auteur accorde enfin une importance décisive à la « civilisation » et à l’instruction. L’État devrait favoriser l’enseignement, l’accès des musulmans à l’armée et aux carrières administratives, l’éducation des femmes et le rapprochement des populations. L’islam est présenté comme ayant joué historiquement un rôle civilisateur et comme compatible avec le progrès intellectuel.

La colonisation doit donc, selon cette conception, changer de méthode : après une première période jugée empirique et coûteuse, elle doit rechercher une organisation plus rationnelle, associant développement économique, respect des populations musulmanes et rapprochement progressif des deux sociétés.